Devenir artisan brasseur – L’expérience d’Aurélie Fontaine

Nicolas Cléton (L'artisan et son mobile) et Aurélie Fontaine (Brasserie Le Funquet)

Écrit par Nicolas Cléton

jeudi, Juil 02

Si tu te demandes comment devenir artisan brasseur, tu auras des éléments de réponse grâce au retour d’expérience d’Aurélie Fontaine.

Un petit soucis sur mon téléphone avait rendu inaccessible l’accès à l’enregistrement de notre interview avec Aurélie Fontaine, de la Brasserie du Funquet (Pas-de-Calais) 😱. Il fallait donc rapidement se remémorer notre échange, puisque je croyais écrire l’article entièrement de mémoire ! Je me mets donc à visualiser la table de salon sur laquelle nous nous trouvions. Ce qui me vient tout de suite à l’esprit, c’est un grand sourireune énergie comme on en voit rarement. Je me souviens être ressorti du corps de ferme avec l’envie d’aller de l’avant. L’enregistrement a finalement été récupéré 🥳 donc ne passe pas à côté de ces quelques lignes, on en ressort avec la pêche 😉

Expérience d’entrepreneuse N°1: choisir un domaine qui te passionne

Aurélie a fait des études en laboratoire, elle a un diplôme de laborantin et un BTS en biotechnologie. Elle avait le choix entre une option fermentation lactique ou une option fermentation alcoolique, tu imagines bien l’option qu’elle a choisi non ? 🍺

Ensuite, elle a travaillé 10 ans dans le secteur agroalimentaire, et elle a gardé un bon souvenir de cette période. Mais une partie d’elle avait besoin d’exprimer quelque chose, et elle ne pouvait pas le faire dans ce cadre.

Il manquait ce côté hyper personnel dans lequel je pouvais m’exprimer, il fallait au contraire que je suive des cahiers des charges etc

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Elle cherchait un nouveau projet de vie, et pour cette fan des micro-organismes, la bière est venue comme une évidence.

Aurélie s’intéresse donc sérieusement au milieu brassicole, mais avant de se lancer, elle avait besoin d’avoir la certitude d’être légitime. Elle passera donc son aptitude de maitre brasseur à l’IFBM de Nancy (institut français pour la brasserie et le maltage). Bien que l’essentiel du programme était déjà acquis dans sa précédente formation, notre future brasseur avait besoin d’avoir ce diplôme. Ce titre n’est d’ailleurs pas une obligation pour exercer, mais elle en avait besoin pour se dire à elle-même : “c’est bon t’as tout ce qu’il faut pour être brasseur”

C’est donc en 2014, que la brasserie du Funquet voit le jour. La décision de se lancer dans cette aventure a été prise après quelques années à mûrir le projet. Par contre, le coup de cœur pour le produit, Aurélie l’avait depuis longtemps :

C’est un produit qui fait partie de nos racines culturelles en Hauts-de-France, chez nous la bière c’est assez emblématique ! C’est donc venu à moi comme une évidence

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Expérience d’artisan brasseur N°2 : transmettre une partie de soi dans ses produits

Je suis moi même amateur de bière, et on a jamais fini d’en découvrir de nouvelles. Tous ces breuvages sont différents, et quand ils sont faits de manière artisanale, c’est encore mieux. On peut imaginer et goûter le message que le brasseur a voulu transmettre.

Aurélie m’explique qu’il y a plusieurs techniques pour créer un produit unique. On peut exprimer un trait de caractère avec des techniques brassicoles spécifiques (microbiologie, micro-organismes etc), mais aussi à travers les matières premières ; pour cela, il faut sélectionner des matières qui sont plus ou moins atypiques, ou avec des traits liés à l’origine culturelle. Le travail du brasseur est de jouer avec l’un ou l’autre de ces aspects, et parfois les deux.

On peut, à travers une bière, exprimer un tas de choses. C’est juste merveilleux de pouvoir envoyer à une personne x ou y, qui se trouve n’importe où en France, un message, un gout, un arôme, ou un caractère à travers un produit. On ne peut pas le faire avec tout, et avec la bière on peut le faire.

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Aurélie a à cœur de sélectionner des matières premières régionales (des malts et des houblons Hauts-de-France). Elle cherche constamment des techniques pour “sublimer” ces matières, et mettre en avant des variétés propres à un terroir, dans une gamme bien remplie.

Par exemple, dans notre blonde de dégustation (qui est une triple), l’idée c’était de mettre en avant le grain, le malt, pour qu’il s’exprime, qu’il soit pas trop confondu avec le houblon. Pour la HOPS, qui est une blonde un peu plus houblonnée, l’idée c’était au contraire de mettre en avant la fleur de houblon, sans amener trop d’amertume.

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Brasserie-du-Funquet (Pas-de-Calais)

Expérience de femme N°3 : mettre en avant sa différence dans ses produits

Selon Aurélie, le goût unique de ses bières, vient de ses recherches, mais aussi de son palet féminin 🙋‍♀️! parce que oui, il faut avouer que ce n’est pas courant, les brasseurs qui ne sont pas des hommes 🙅‍♂️

Je pense que le palet féminin fait que l’on goûte les choses différemment que le palet masculin. Du coup, on amène des traits de caractère qui peuvent être différents.

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Comme on l’imagine, le monde des brasseurs et des cavistes est un monde principalement constitué d’hommes. Et pour Aurélie, ça n’a pas toujours été facile ! Il faut faire avec certains clients qui ne la prennent pas au sérieux, même si ce n’est pas une majorité. Il faut aussi accepter le fait que son conjoint est plus persuasif, lorsqu’il vient prêter main forte sur les salons. D’ailleurs, pendant longtemps, les gens pensaient que c’était son conjoint qui était brasseur. Il y a même des clients qui sont venus vérifier que c’était bien Aurélie dans les cuves 😅

Pour faire valoir le produit, j’ai peut-être besoin de batailler deux fois plus que si j’étais un homme.

Ça joue encore un peu les gros bras, pas entre brasseurs mais avec la clientèle.

J’ai toujours travaillé avec des hommes et j’adore ça. C’est un challenge mais j’en fais une force, parce ce qu’au final on me retient plus !

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Brasserie du Funquet (Pas-de-Calais)

Expérience d’artisan brasseur N°4 : dépasser sa timidité et foncer pour faire découvrir son métier

En 10 ans de temps, l’évolution des mentalités et du produit a été fulgurante. Les brasseries artisanales sont revenues en force, alors qu’il n’y en avait plus. Le produit est de nouveau remis en valeur. Mais il y a des gens qui ne savent pas ce qu’il y a dans la bière, ou en tout cas, qui veulent comprendre le processus de fabrication.

Le tourisme de savoir-faire est une tendance grandissante. Il y a un marché à combler pour satisfaire les personnes qui veulent s’évader, tout en apprenant des choses. D’ailleurs chez l’artisan et son mobile, on l’a bien compris, et c’est pour cette raison qu’on a imaginé les immersions sur notre appli.

Aurélie fait partie de ceux qui dédient leur vie a créer des produits de grande qualité, ET qui partagent leur savoir-faire. L’une de ses ambitions est de transmettre l’amour du métier brassicole. C’est pour cette raison qu’elle organise des visites de groupe avec les offices de tourisme, et qu’elle accueille régulièrement des bus de touristes. Dans ce cadre, il lui arrive de prendre la parole et elle a su surmonter sa timidité par passion.

J’étais timide, mais si tu sais pas parler de ton produit, si tu sais pas le mettre en avant, y a personne qui va croire en toi !

C’est vrai que je suis pas quelqu’un d’hyper à l’aise avec la foule, mais ça se voit pas parce que quand je parle de mon produit, je suis passionnée.

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Cette timidité elle a du la dépasser et notamment lors d’un incendie en début d’année. Il a fallu aller chercher de nouveaux clients et faire du démarchage pour combler le manque à gagner.

J’ai du vendre un produit que je n’avais pas, que je ne pouvais pas faire gouter et à des gens qui ne me connaissaient pas. Y a des gens, je me disais “ils vont jamais vouloir me référencer”. Et en fait ils attendaient qu’une chose, c’est que je les appelle !

Des fois, il faut combattre la timidité pour avoir le courage d’y aller et quand on l’a fait, on se dit qu’on aurait peut-être dû y aller avant 😃

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Expérience de mère N°5 : éviter les carences côté famille mais aussi les carences côté chef d’entreprise

Une journée typique de brasseur, quand il brasse, c’est 12h. Généralement, Aurélie commence à 4h du matin pour pouvoir faire son nettoyage le soir. Les autres jours il y a les marchés, il faut se lever très tôt et il faut tout préparer le soir pour le marché du lendemain.

A côté de ça, il faut trouver des idées pour développer les ventes, gérer les réseaux sociaux, trouver des fournisseurs et revendeurs, gérer et développer les visites, participer aux événements et festivals. Bref, un travail de titan.

Mon grand père avait l’habitude de dire quand j’étais plus jeune “l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt” mais il m’avait jamais dit qu’il fallait se coucher tard ! 😃

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Ce travail, Aurélie le fait volontier. Parce que c’est une battante et parce qu’elle est passionnée. Mais il ne doit pas se faire au détriment de la vie familiale. Donc il faut s’organiser !

Il y a heureusement Guillaume, le conjoint 👱🏻‍♂️ (responsable maintenance en industrie) qui vient au secours, et qui est d’une grande aide pour soutenir Aurélie, spécialement dans les moments difficiles. Il y a aussi Louison, qui a 5 ans 👧🏼

À une semaine et demi, elle était déjà dans la brasserie, elle brassait avec moi. Elle ne connait pas sa maman autrement que dans la brasserie. Quand on a eu le feu, ça été terrible pour elle, parce qu’elle s’est dit “mais qu’est-ce que tu vas faire maman ?”

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Aurélie a été élevée par des artisans, à l’époque, elle reprochait à ses parents de ne pas avoir pris assez de temps pour leurs enfants. La jeune mère travaille aussi énormément, mais Louison est emmenée absolument partout !

Je l’emmène partout, si elle est là, elle vient avec moi. Si je dois aller en festival, j’adapte mon emploi du temps pour qu’elle puisse participer sans qu’il y ait la fatigue. L’idée c’est qu’elle partage notre vie, malgré notre milieu pro qui est très prenant. Ma volonté, c’est qu’il n’y ait pas de carences d’un côté ou de l’autre.

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Expérience d’artisan brasseur N°6 : ne pas s’enfermer et s’investir dans la communauté locale

Chez les Fontaine, la vie locale c’est un art de vivre, et la petite Louison a l’air tout à fait à l’aise avec ce mode de vie :

Ma fille, si je vais au marché et que je ne lui ramène pas une salade, elle me dispute !

Quand elle mange, elle demande de où vient la viande, elle demande si ça vient de Christophe, si les pommes de terre c’est René. Chez le fromager, elle passe ses commandes, elle me dit tu “demanderas ça à Philippe…”

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Au delà de cet art de vivre, dans le milieu de l’artisanat, il est primordial de travailler en bonne intelligence avec les artisans locaux. Chacun a un réseau commercial, et des potentiels clients pour les autres.

Dans le milieu de brasseurs que côtoie Aurélie, ce n’est pas la compétition qui règne. C’est plus une confrérie, tout le monde se connait et partage de bons moments dans les festivals. Et heureusement, il y a beaucoup d’entraide dans cette communauté et avec les tous les artisans locaux. Parce que l’on peut rapidement tomber dans la solitude :

Clairement, quand on est à la tête d’une entreprise artisanale, la chose la plus dure, c’est la solitude. C’est une solitude immense, parce qu’on est tout seul face à tout, face aux questions, aux doutes, au travail, à la fatigue.

Quand on n’a pas de collègues ou d’associés, on supporte tout soi-même, que ce soit positif ou négatif. Si on a un super contrat ou quoi, on a personne pour le partager, on est content tout seul !

Le fait d’avoir un réseau avec d’autres artisans change la donne.

On se bat tous pour la même chose, que ce soit pour de la bière, du vin, des terrines, des meubles ou des créations.

En fait, on fait tous le même métier, on est artisan. Et c’est important d’être toute une communauté.

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Tu as lu jusqu’ici ? bravo !

Tu en sais maintenant un peu plus sur le quotidien d’Aurélie et sur comment devenir artisan brasseur.

Malgré un accident en début d’année qui a été une réelle épreuve, Aurélie est fière d’avoir créée une activité croissante, un produit qui est reconnu et d’avoir une clientèle qui est fidèle.

Aurélie nous a partagé son vécu et sa bonne humeur, son énergie a de quoi donner du peps non ? Dis-nous ce que tu en penses en commentaire (ça nous fera grand plaisir 😇).

Et si tu passes dans le Pas-de-Calais, il y a un détour à faire à Escoeuilles. Tu trouveras toutes les informations ici pour commander ses produits ou te rendre sur place. Tu pourras profiter d’un moment humain en pleine campagne et revenir avec le plein d’anecdotes, pour épater la famille le dimanche 🤓

T’es toujours là ??

Allez, en bonus je te donne l’astuce perso d’Aurélie pour garder la pêche 💪🏻

Moi je cours beaucoup, si je cours pas je pète un câble ! J’ai toujours fait du sport mais clairement aujourd’hui la course à pied c’est la soupape.

Dans toute activité, qu’on soit artisan ou salarié, il faut qu’on ait deux chose : une soupape de décompression et un moteur de performance.

Le moteur de performance permet d’avoir des objectifs et de savoir pourquoi on veut les atteindre.

Pour la soupape de décompression, au début on culpabilise un peu, on se dit qu’on prend du temps pour soi. C’est pas facile de prendre du temps pour soi quand on en a pas pris pendant des années. En fait, on s’aperçoit qu’on se prend un peu de temps mais derrière on est vraiment plus performant.

La course à pied pour moi c’est une question de facilité, quand on a pas trop le temps, on prend les baskets et c’est vite fait. L’hivers, il fait noir super tôt ? Bah c’est pas grave, j’ai ma lampe frontale et je vais courir. Je cours pas forcément longtemps, mais le tout c’est de décompresser, de se recentrer sur soi même, ça fait un bien fou…

Aurélie Fontaine – brasseur (Brasserie du Funquet)

Suis-nous sur les réseaux, il y a des photos et anectodes en plus. Surtout sur insta 😉

Vous aimerez aussi…

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

👉 Ne loupe pas les nouveaux articles !

En t’inscrivant à notre newsletter tu recevras les nouveaux articles un peu avant tout le monde 😎

(tu pourras te désinscrire très facilement si besoin)