Devenir artisan héliciculteur – l’expérience d’Emmanuel Brasseur

Devenir héliciculteur

Écrit par Nicolas Cléton

jeudi, Août 06

Si tu te demandes comment devenir artisan héliciculteur, tu auras des éléments de réponse grâce au retour d’expérience d’Emmanuel Brasseur. J’ai rencontré Emmanuel dans le cadre de nos interviews casquettes.

Emmanuel est l’une des premières personnes à qui j’ai parlé de notre projet L’artisan et son mobile. C’est avec énormément de bienveillance qu’il m’a écouté et qu’il m’a fait part de ses idées. Je connaissais ses fils, j’ai découvert le père et je n’oublierai pas de si tôt notre première rencontre !

Tu vas découvrir en 4 retours d’expériences, comment un citadin a décidé de tout plaquer pour partir élever des escargots à la campagne. Crois-moi, ça vaut le détour ! 😉

Expérience N°1 d’un entrepreneur : repartir à zero en essayant et en se formant

Une révélation

On a tous des moments charnières dans la vie, et pour Emmanuel, un de ces moments aura été son premier job. Après 6 mois à assembler des congélateurs sur une chaine de production, il décide que dorénavant il fera un métier qui lui plait. Cette expérience a déclenché une envie de se former avec conviction au métier d’éducateur. À la suite de ses 3 années d’étude, il fera 6 ans dans un centre de réinsertion social.

Sur la table de son salon nous passons quelques heures à discuter. Je l’entend parler de cette période avec la même passion que celle qui l’a poussée à élever des escargots. Mais parce qu’il n’avait plus les moyens de faire son métier correctement, il a donc souhaité repartir à zéro une nouvelle fois pour devenir héliciculteur.

Si il y une chose que je comprends très vite chez Emmanuel, c’est qu’il a besoin de dépenser son temps et son énergie dans quelque chose qui l’anime ! 😀 Et si il trouve le moyen de le faire, c’est avec une très grande détermination qu’il se lancera dans un nouveau projet !

La passion c’était pas que les escargots, c’était de démarrer un projet de zéro. J’aime créer, j’adore cuisiner, j’adore les escargots, faire des recettes, faire gouter…

Emmanuel Brasseur (héliciculteur) – L’escargotière du Choquel

Se former et essayer

Tout petit, il était fasciné par les escargots, et plus tard c’était dans son assiette qu’il les savourait en famille. C’est donc une vielle passion pour ces gastéropodes qui le pousse (il y a 20 ans) à commencer une formation de 6 mois en héliciculture. Apparement cet apprentissage l’a comblé puisqu’il n’envisage pas de céder son activité à une personne qui ne se serait pas formée au préalable. Il y a trop d’héliciculteurs qui se plantent au démarrage. Et lui aussi, des erreurs il en a fait. Mais il a persévéré et a pu compter sur le réseau acquis dans sa formation à Besançon.

Le premier élevage d’escargot c’était une catastrophe. Je me suis planté sur ce qu’on appelle les surfaces de mangeoire. C’était des nains mes escargots. J’ai appelé le réseau pour savoir là où je m’étais planté. Je me suis posé des questions, mais c’est pas pour ça que j’ai arrêté. 

Emmanuel Brasseur (héliciculteur) – L’escargotière du Choquel

L’escargotière du Choquel a réussi à se faire un nom dans le coin ; et Emmanuel me raconte une anecdote pour laquelle il semble assez fiers :

Une fois, il y a un journaliste qui est venu m’interviewer, on a beaucoup parlé et il m’a fait un super article. Il m’a dit “en fait t’as réussi à faire ce que j’ai pas osé faire ; tout plaquer pour repartir à 0” 

Emmanuel Brasseur (héliciculteur) – L’escargotière du Choquel

Devenir héliciculteur

Expérience N°2 d’un homme de famille : s’assurer d’avoir le soutien de son conjoint

Une expérience à deux

Emanuel et Virginie étaient Originaires de Lille et ils ont décidé ensemble, il y a 20 ans, de s’installer à la campagne pour démarrer un nouveau projet de vie.

Quand les gens viennent me voir, le truc que je dis toujours : c’est qu’on a fait un changement de vie complet, mais c’est clair que si Virginie n’avait pas été d’accord je l’aurais pas fait. 

Emmanuel Brasseur (héliciculteur) – L’escargotière du Choquel

Notre héliciculteur va bientôt prendre sa retraite et son activité va certainement être reprise par un ancien stagiaire. On a vu l’importance pour lui de la formation. Mais il a aussi tenu à mettre en garde David (l’ancien stagiaire) sur le fait que le conjoint sera forcément partie prenante pour ce type de projet. Il n’est pas question d’accepter cette aventure pour faire plaisir à l’autre.

Savoir se poser

De son côté, Manu a dû accepter de ne pas avoir de salaire pendant quelques années. Virginie passe 70% de ses vacances à aider Emmanuel dans le travail des escargots. Pendant les 7 premières années d’exploitation, Virginie partait seule en vacances avec les enfants, jusqu’à ce qu’un événement le pousse à ralentir un peu.

J’ai vécu cette période très bien parce que j’étais sur mon petit nuage, jusqu’au jour où la conjointe d’un collègue en escargot est décédée. J’ai dépanné ce collègue qui se retrouvait avec trop de travail, mais j’ai pris beaucoup de retard sur le mien. Virginie était partie toute seule avec les gamins en vacance, et moi je pleurais et je me disais “putain mais c’est n’importe quoi, elle a même pas profité de la vie, et moi si ça se trouve je suis en train de faire la même connerie” à partir de là je suis parti en vacance tous les ans. 

Je me suis dis “il faut que je parte en vacances avec les enfants maintenant sinon ils ne voudront plus venir parce que je serai un vieux con ! Mais ils viennent encore ces cons là…😅”

Le fait d’être à deux et de se savoir soutenu par son conjoint permet aussi de partager les moments de doute.

Emmanuel Brasseur (héliciculteur) – L’escargotière du Choquel

Emmanuel Brasseur

Expérience N°3 d’un ancien éducateur : adapter son discours en fonction des clients et visiteurs

L’importance des visites

Emmanuel ne fait pas que vendre des produits à base d’escargots, il organise aussi des visites de l’escargotière. Il a commencé avec 350 visiteurs payants par an. Maintenant c’est des cars entiers qui font le voyage pour passer une demi-journée en sa compagnie. C’est plus de 8 000 visiteurs payants qu’il accueille tous les ans. Il y a beaucoup de scolaires en provenance d’Angleterre, des clubs du troisième âge ou des comités d’entreprise…

Le public est varié, si bien qu’Emmanuel refuse de faire des projections vidéos qui pourraient lui faciliter la tache. Chaque groupe attend quelque chose de différent.

Les termes employés changent en fonction du public. Par exemple, les anglais sont là pour que les gamins parlent français, donc petit à petit j’ai fait des visites uniquement en français. Je ne m’étais jamais rendu compte qu’il y a des mots qui sont similaires. Par exemple “collecter les escargot”, ils vont comprendre. Parfois il faut adapter un peu, au lieu de dire “les escargots vont être fécondés”, je vais dire “fertilisés”.

Emmanuel Brasseur (héliciculteur) – L’escargotière du Choquel

Un bagage d’éducateur

Dans son travail d’éducateur, Emmanuel avait déjà compris l’importance d’adapter sa démarche en fonction des particularités de la personne en face. Il n’a jamais été du genre à cocher les cases d’un formulaire, chaque profil méritait une attention particulière. Cette faculté d’observation et d’adaptation, on la retrouve donc dans les dialogues avec les restaurateurs ou les clients qui s’intéressent à ses produits ; mais aussi dans les présentations aux visiteurs. Et il faut savoir que ce sont les visites qui ont rendues son affaire viable. Il y a le tarif d’entrée à 4€25 pour les adultes et 3€60 pour les enfants, mais il y a aussi les achats sur place qui changent la donne.

Beaucoup d’artisans passent à côté de cette source de revenu. C’est pourquoi, dans notre projet L’artisan et son mobile, nous avons souhaité faciliter l’organisation de ce que nous appelons les immersions. Notre appli va permettre, entre autre, d’organiser la réservation de places pour des sessions découvertes. Ces “immersions” peuvent s’organiser à l’atelier si un accueil est possible, ou en salle si le matériel est aisément déplaçable.

Devenir héliciulteur

Expérience N°4 d’un artisan héliciculteur : optimiser son environnement de travail

Gagner du temps

Chaque artisan accorde une grande importance à son environnement de travail. Il y a ceux qui mettent le paquet au moment de la création ; et il y a ceux qui n’arrêtent jamais de chercher les optimisations.

J’optimise le plus possible. Les escargots il n’y a pas de machine, c’est tout à la main. Si je gagne 2 secondes par escargot ça représente plusieurs jours à l’année. C’est comme les ingénieurs qui optimisent les formules 1 ! Donc j’optimise tout tout tout. 

Emmanuel Brasseur (héliciculteur) – L’escargotière du Choquel

Il y a l’optimisation du matériel ou par exemple le nombre de mouvements et de pas pour chaque manipulation. Les idées viennent aussi des stagiaires, l’important c’est d’encourager à faire des essais…

Moi j’ai une façon de faire, si tu voyais comment je cuisine maintenant et comment je cuisinais il y a 20 ans ça n’a rien a voir. Parce qu’on s’est remis en question tout le temps, moi et mes stagiaires. Parfois il y a des idées qui sortent des stagiaires et je me dis “génial ! j’y avais jamais pensé !” Je dis toujours : “dans le labo on essaie tout, sauf si tu me demandes de bosser avec une plume dans le cul !” 😂

Emmanuel Brasseur (héliciculteur) – L’escargotière du Choquel

Des exemples

Par exemple, au début de l’activité, les escargots étaient beurrés à la main, maintenant c’est fait avec une poche. Ce type d’optimisation fait gagner du temps et permet de se faciliter le boulot pour avoir moins de fatigue. Cette recherche d’optimisation, c’est aussi ça qui fait la joie du métier. Parfois la réflexion ne nous quitte jamais 🧐

Je vais te donner un exemple, mon frère était potier, il était avec son café et sa clope et je lui disais “ça va c’est cool le métier” et il me disait “mais je travaille”. Il a écrasé sa clope, il est allé à son atelier et la gargouille qu’il avait dans sa tête, il l’a faite !” 

Moi je peux passer un temps fou sous la douche, je suis en train de bosser. Quand je fais une nouvelle recette, il faut que je la fasse tout seul souvent, parce que je l’ai complètement visualisé avant. Maintenant, j’arrive à me détacher le week-end, mais avant non. 

Emmanuel Brasseur (héliciculteur) – L’escargotière du Choquel

Escargotière du Choquel

Tu as lu jusqu’ici ? Bravo !

Tu en sais un peu plus sur le parcours d’Emmanuel Brasseur. Tu as aussi, je l’espère, des éléments de réponse pour savoir comment devenir artisan héliciculteur. On retient formation, formation et formation 😆Mais tout le monde a sa chance et il n’est jamais trop tard, une connaissance à lui s’est même lancée à 54 ans !

Notre interviewé a réussi à se faire un nom dans un endroit qu’il ne connaissait pas et en partant de rien. Sa plus grande fierté ? La sélection de ses produits pour la première carte du restaurant L’atlantic qui lui a valu une étoile.

Tu n’as jamais mangé d’escargots ? Tu veux en savoir plus sur ces petites bestioles ? Il y a un détour à faire pour rencontrer Emmanuel et tu trouveras toutes les infos sur son site : l’escargotière du Choquel.

Petite anecdote qui m’a fait sourire 😆 :

À l’époque c’était Luc Ferry qui était ministre de l’éducation, et dès qu’il faisait une mesure un peu stupide, les instit faisaient une manif. D’habitude ils parlent pas entre eux, d’école à école, ils se voient pas souvent. Mais là, ils se sont demandés ce qu’ils faisaient comme projet et c’est comme ça que ça a tourné. Ça a commencé à se savoir par ce biais que les classes pouvaient se rendre à l’escargotière !

Emmanuel Brasseur (héliciculteur) – L’escargotière du Choquel

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